













NO GOLD FOR THE MINERS, ONLY TRUTH FOR THE SINNERS
J'allais pouvoir regarder « Midi les Zouzous » en mangeant des céréales au chocolat sans que personne ne m'embête, ensuite je me masturberait en feuilletant la rubrique lingerie du catalogue des 3 Suisses et je me laverai même pas les mains.
J'avais des beaux projets pour cette belle matinée, le poil brillant, la queue frétillante et une lueur de satisfaction dans les yeux comme le chien qui court au ralenti dans la pub pour les croquettes saveur carpaccio au parmesan. Mais la vie est un peu plus difficile qu'à la télé.
Un bruit strident m'agressa les oreilles et m'obligea à stopper mon imitation canine. Avant que je réalise d'où provenait ce son incroyablement dérangeant, la calotte glaciaire diminua de quinze millimètres, quarante-deux attentats à la pudeur furent déjoués, quelqu'un mangea un steack bien cuit et cinquante-trois personnes moururent de diarrhée aiguë.
Prudemment, je m'approchais de l'interphone...
[...]
Vingt-heures trente. Vera est en retard. Peu importe. Elle se maquille minutieusement, en prenant son temps. Etre belle. Etre désirée. Dans la lumière blafarde de la salle de bain, le visage de Vera se modifie. Du rouge sur les lèvres puis un trait de noir ici, du fond de teint là. Elle se recouvre puis s'oublie. Ces quelques minutes étaient nécessaires pour Vera, avant de devenir obligatoires. Pense au client. Nettoyer, recommencer. Un trait bien net sous les yeux. Voilà. Face à son reflet, Vera regarde sans se voir.
Elle distingue ce corps qui est le sien, sans l'apprécier.
Ce visage qui se colore sous ses gestes, sans le reconnaître.
Un dernier regard, la lumière fait place à l'obscurité, Vera quitte la salle de bain. Ne rien oublier. Portable rechargé, cigarettes qui tuent le temps, préservatifs qui tuent l'amour et sauvent la vie.
Un paquet de chewingum aussi.
Elle enjambe les jouets en plastique éparpillés dans le modeste salon, se dirige vers la chambre. De grosses lettres en bois peint sont collées sur la porte: « Nicolas ». Vera glisse la tête par l'ouverture. Il dort. Sa respiration est d'un calme rassurant. Un baiser sur le front.
« A demain, mon ange ».